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Handicap et parentalité : réussir à confier mon enfant handicapé

30 juin 2021 Psycho

A la crèche, à l’école, avec la baby-sitter ou les grands-parents : pour certains parents d’enfant handicapé, difficile de laisser son enfant à quelqu’un d’autre. Pourquoi ? Comment gérer l’angoisse de séparation ? Témoignage et réponse de psys pour un bon baby sitting handicap.

 

La première séparation parents enfants

« J’ai toujours voulu tout faire pareil pour Vincent, porteur de trisomie 21, que pour ses deux frères. Mais je dois bien reconnaître que sa première année en crèche a été beaucoup, beaucoup plus compliquée que pour les aînés ! Pas pour lui ! C’est moi qui ai eu du mal avec la séparation.» Comme pour Florence, confier son enfant, les premières fois, que ce soit à de la famille ou à des professionnels est toujours compliqué. Mais le handicap ou la maladie d’un enfant différent peuvent rendre la tâche plus difficile encore.

« C’est quelque chose que j’entends très fréquemment, affirme Laura Devidal, psychologue en Savoie. Je travaille depuis six ans avec une agence de garde à domicile (Family Sphère), et nous avons développé une offre particulière pour les enfants porteurs de handicap. On est souvent confronté à ce double besoin des parents : celui que quelqu’un d’autre prenne soin de leur enfant pendant qu’ils reprennent une activité professionnelle par exemple, mais aussi le besoin d’être accompagnés dans cette démarche car confier leur enfant handicapé est un cap difficile à franchir. »

Pourquoi ça peut être compliqué de confier son enfant handicapé ?

On entend souvent des parents dire : « Je n’arrive pas à me séparer de mon fils ou de ma fille handicapé« . « Je distingue trois grands critères qui rendent difficile le fait de faire garder son enfant handicapé, détaille Laura Devidal : si l’enfant est très jeune (c’est d’ailleurs très « ordinaire »), si le diagnostic de son handicap est récent ou s’il s’agit d’un enfant qui est non verbal ou qui communique difficilement ». Comment savoir comment s’est passé ce temps où il a été confié, s’il ne parle pas ? « Ne pas avoir de retour de leur enfant n’aide pas les parents à se rassurer sur le fait qu’ils peuvent avoir confiance en la personne qui prend le relais en leur absence. »

Il subsiste aussi, parfois, une part de culpabilité, notamment chez les mères, qui se disent « ce devrait être à moi de veiller sur lui », d’autant que cet enfant est souvent vu, à tort ou à raison, comme plus vulnérable. En outre certains parents sont marqués par un traumatisme fort : la peur de perdre l’enfant à un moment où son état de santé était critique, par exemple.

Parfois, il n’a pas été possible de confier l’enfant handicapé à des proches, à la famille, ce qui complique encore la séparation enfants parents. « Certains grands-parents auraient très envie de s’occuper de leur petit-enfant mais pour eux, la responsabilité devient trop lourde quand il y a un aspect médical – gestes à faire, traitement à donner », explique Fanny Bert, psychothérapeute spécialisée dans le handicap à Lyon. Et ensuite, c’est le parent qui y va à reculons, face à la perspective que  « c’est trop compliqué  » : « comment expliquer à la baby-sitter que certes, mon enfant a 6 ans mais qu’il faut le surveiller en permanence parce qu’il se comporte plutôt comme s’il en avait 3 ? »

Comment supporter la séparation ?

Il est très difficile de se forcer, et ce peut être l’étape de trop. Mais, insiste Fanny Bert, il n’est pas forcément bon de repousser ce moment le plus longtemps possible. « C’est un peu comme une phobie : plus vous évitez ce dont vous avez peur, plus l’angoisse sera forte le jour où vous y serez confronté. Et la séparation arrivera forcément, tôt ou tard – l’enfant grandit ! – donc autant s’y préparer.». En revanche, il faut s’autoriser à le faire de manière douce, en respectant certes le rythme de l’enfant… mais le vôtre aussi !

Comment faire pour confier son enfant handicapé plus sereinement ?

Allez-y progressivement. Comme à la crèche ou chez la nounou, où une période d’adaptation est toujours imposée, chaque séparation peut être faite au fur et à mesure, « y compris quand l’enfant, devenu jeune adulte, quitte le foyer parental pour aller vivre en autonomie ou même en établissement pour adultes handicapés », souligne la psychologue Fanny Bert.

Demandez des détails. « Ce qui a fini par me rassurer à la crèche, c’étaient les transmissions très précises que me faisaient les auxiliaires de puériculture », raconte Florence, la maman de Vincent. Elles y passaient, je crois un peu plus de temps, qu’avec les autres parents mais cela m’était nécessaire. » Du côté des professionnels ou de la famille qui se voit confier l’enfant, il est utile en effet d’en « faire un peu plus » pour rassurer le parent.

Être joignable, donner des comptes-rendus détaillés des journées, surtout si l’enfant n’a pas de communication verbale, aide les parents à être sereins. « Nous pensons aussi à l’envoi de sms dans la journée, mettons en place un cahier de liaison, proposons des temps de garde en présence d’un des parents… une communication régulière et en transparence est le facteur le plus important dans la réussite du projet », détaille Laura Devidal à propos du service de garde à domicile pour lequel elle travaille.

Enfin, pour choisir qui va garder votre enfant, misez sur des services qui proposent une nounou pour enfant handicapé, de l’handi sitting, une crèche spécialisée handicap, ou sur le bouche-à-oreille, notamment via une association de parents de personnes handicapées ou pourquoi pas en participant à un groupe de parole près de chez vous. Voir aussi sur www.handissimo.fr ou sur www.maboussoleaidants.fr

Avoir des comptes-rendus de bonnes expériences reste le plus rassurant.

 

A lire également :

 

En savoir plus sur handicap et parentalité

Accueillir un enfant différent en famille, d’Anne Juvanteny-Bernadou, aux Editions Eyrolles, 2018

 

Auteur : Caroline Boudet

 

Juin 30